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Nous
étions pauvres avant le début de la guerre. Mon père
mourut dune infection respiratoire en 1937, laissant ma mère
seule pour nous élever, mes deux surs et moi. A 11 ans,
jétais la plus jeune. Notre village, Jodoigne, était
à la frontière de la Belgique, et la majorité de
la famille et de nos voisins étaient fermiers. Ils partageaient
suffisamment de nourriture avec nous pour que nous ne soyons pas morts
de fin avant la guerre. Maman était servante dans un manoir et
aidait parfois pour a la récolte. Elle avait le droit de conserver
les sacs en lin que les glaneurs utilisaient dans les champs pour les transformer
en chemises de nuit, en jupons ou en serviettes de table.
Ceux qui vivaient avec des personnes atteintes dinfections souffraient
dune stigmatisation sociale radicale, dont ma sur et moi
étions victimes. Il nous était interdit de sassoir
à côté de nos camarades de classe à lécole,
et nous étions rejetées au fond de la classe avec dautres
élèves infortunés. Les professeurs ne nous interrogeaient
presque jamais, et passaient très peu de temps à nous
expliquer les leçons. Notre éducation fut totalement négligée.
Et puis la guerre attînt Jodoigne.
Javais entendu dire par mes ancêtres que la première
bombe sur la Belgique a été lâchée dans notre
village, en 1940. Nous étions occupés depuis longtemps.
Des laitiers virent leur production de lait, de beurre et de fromage
emportée par les allemands, leur laissant à peine de quoi
nourrir leur famille et de quoi assurer leur vente. Aussi, des fermiers
furent dépossédés de la majorité des récoltes
de betterave, de blé, et de légumes, diminuant considérablement
les quantités à revendre au marché. Les bovins,
chèvres, moutons, porcins et volailles étaient menés
à labattoir, mais très peu restaient à Jodoigne.
A la fin de la première année doccupation, presque
tous les villageois étaient affamés.
Les boulangers ajoutaient de la levure à leur pate comme dernier
recours pour compenser le manque de blé et dautres céréales.
La ration était dune miche de pain par semaine, et lune
de nous devait faire la queue pendant des heures à la boulangerie,
car les rations étaient très limitées.
Avec une miche de pain pour nous quatre et pendant sept jours, nos besoins
nutritionnels nétaient pas satisfaits. Notre petit potager
à larrière du jardin nous permettait de récolter
quelques choux et quelques légumes de terre pendant lété.
Les hivers étaient très durs. Parfois, on trouvait des
oignons et des petites pommes de terre laissées par les glaneurs
ou des denrées tombées dun wagon de train. Le salaire
de Maman, à peine quelques francs par semaine, suffisait à
peine pour acheter la nourriture, même quand il y en avait sur
le marché. Les prix du marché noir étaient trop
élevés pour nous. Comme dautres belges issus de
la classe ouvrière, nous avions faim.
Nous avions une
poule que nous gardions dans le jardin. La nuit, il fallait lenfermer
dans la maison, de peur quelle ne finisse dans le faitout de nos
voisins. Elle pondait un uf par jour, et nous le mangions à
tour de rôle pour le diner avec mes surs. Maman était
très maigre, elle na jamais mangé un seul uf
de la poule en ces temps de famine. Beaucoup de fois elle a partagé
son repas en 3 parts, glissant la nourriture dans nos assiettes, en
disant quelle navait pas faim.
Parfois, elle trébuchait dans les escaliers, la faim laffaiblissant
terriblement. Nous avons alors compris quelle se laissait mourir
de faim pour que nous survivions, moi et mes surs. La poule survécut
quelques années après la guerre, mais na jamais
été le repas de personne, même quand elle était
trop vieille pour pondre. Nous la vénérions, et ses funérailles,
en 1949, furent dignes de celles dune héroïne.
La faim peut mener
à des actes désespérés. Jétais
une adolescente en pleine croissance, qui manquait constamment de viande
et de protéines. Pendant la guerre, il pouvait se passer des
mois sans consommer de la viande et du lait. Quelques villageois désespérés
et affamés fabriquaient des pièges à rats, pour
les manger ensuite. Maman gardait toujours la maison propre, sans rats,
et naurait jamais toléré que lon mange du
rat sous son toit. Il fallait donc que je trouve dautres sources
de protéines : des oiseaux. Aujourdhui cela semble
très cruel de faire une telle chose, mais posez vous la question :
« Quest-ce que je ferais pour rester en vie ? ».
Avec laide de mon oncle, jai installé une corde dans
le jardin, comme une corde à linge. Jai enduit la corde
de colle forte et la saupoudra de graines et de miettes. Quand les oiseaux
se posaient sur la corde, leurs pattes restaient collées à
la corde, de sorte quils ne pouvaient plus senvoler. Quand
il avait 6, 8 oiseaux sur la corde, mon oncle leur tordait le coup et
les dépeçait. Un petit oiseau contient moins quune
petite cuillère de viande, mais cela ma permis de rester
en vie pendant la guerre.
Andree (Deedee),
a écrit dautres témoignages sur cette terrible période,
dont les 3 récits suivants.
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